Feu Senghor, dans l’une de ses plus célèbres citations, affirmait combien l’émotion était nègre. Difficile en effet de le contredire lorsque l’on se met à lire ici et là les réactions apeurées suite à la victoire du candidat brésilien dit d’extrême droite » (comme pour marqué un peu plus le trait…), le dénommé Jair Bolsanaro. Cessons de mettre nos cerveaux en jachère et attardons-nous sur la lecture que le camp panafricaniste souverainiste doit tirer de ce fait d’actualité.

1- Il nous faut de prime abord redescendre sur terre et cesser de prendre les vessies pour des lanternes : le métissage en terme de projet sociétal ( à différencier du libre choix individuel entre deux personnes) ne pourra jamais constituer un horizon ultime indépassable.
La société brésilienne ne va pas bien, il y règne ce que l’on peut appeler une pigmentocratie dans laquelle le positionnement que vous allez avoir dans la société sera fonction du taux de mélanine que vous avez dans la peau. Plus ce taux sera élevé moins vous serez amené à jouir ou occuper une position sociale privilégiée. C’est un fait.
Le Président Obama proclamait avec son élection, l’avènement de l’ère post raciale, deux mandats plus tard la société américaine n’a jamais autant été traversée de tensions et crispations identitaires. La réalité finit toujours par imposer un camouflet aux utopies publicitaires sorties tout droit des cerveaux des communicants politiques et à l’image de ce qui s’est passé aux États Unis, le Brésil n’y échappe pas.

2- Le Brésil compte une forte population noire. Le dernier recensement de 2011 montre que la majorité de la population du pays est noire ou métissée : 50,7 % sur un total de 190 732 694 habitants recensés. Inutile de vous dire qu’il y existe donc un fort potentiel d’organisation communautaire sous le primat du facteur racial. Non pas par crispation frileuse mais plutôt par nécessité de survie et de relèvement. Malheureusement, un mal semble prédominer dans la galaxie militante diasporique d’Amérique latine: la prégnance plus ou moins grande de toute la nébuleuse gauchiste, les fameux amis de l’homme noir, qui maintient une grande partie des organisations panafricaines de ce pays dans le mirage idéologique de ce que les progressistes outre-Atlantique qualifient de « convergence des luttes ».
Cet activisme patchwork mêlant luttes syndicalistes, combat féministes ou encore défense des droits des minorités sexuelles LGBT peut-il constituer une stratégie efficace pour l’émancipation de notre peuple. Bien entendu que non. Sur cette question la responsabilité des leaders associatifs Afro est clairement de mise. A-t-on jamais vu un peuple se libérer sous la tutelle idéologique des autres?

3- Que ce soit en Europe ou en Amérique latine, la conjoncture géopolitique nous donne à comprendre que nous sommes à l’heure des regroupements identitaires. Face à ce mouvement de l’Histoire, il nous faut alors affronter la réalité avec justesse, lucidité et courage. L’heure n’est plus au sentimentalisme: peu importe l’endroit où nous nous trouvons tant que l’Afrique ne jouira pas de sa pleine liberté, nous auront beau monter des centaines de collectifs, multiplier les marches et pétitions contre le racisme et les discriminations, crier éperdument notre amour des pays dans lesquels nous vivons, les choses resteront autant figées. Tel le hamster en cage qui enfile les kilomètres dans sa roue sans pour autant avancer.

Le centre de gravité de nos actions doit se trouver sur le continent africain et s’il subsiste une convergence sur laquelle il nous faut œuvrer, c’est alors -et seulement !- celle qui consiste à tisser un réseau d’entraide avec les forces souverainistes du continent africain.

4- Dernier point, beaucoup ont pu s’étonner du ralliement de nombreuses personnalités d’ascendances Afro ou métissées en faveurs du candidat conservateur. Curieux procès que celui fait à destination d’individus à qui pourtant depuis leur naissance on n’a cessé de rabâcher que plus que la couleur de leur peau ce qui les caractérisaient étaient leur appartenance à une nation.
Les choix et orientations politiques pour cette élection prises par ces personnalités ne sont rien d’autre que la conséquence de la politique intégrationnistes ayant consisté à vouloir faire d’eux des individus brésiliens à part entière.
Il ne faut donc pas s’étonner qu’en bon brésiliens ces derniers n’hésitent pas à voter pour un candidat défendant certaines des valeurs qu’ils peuvent partager.
A moins de considérer dans la droite ligne paternaliste de la gauche progressiste qu’un noir ne peut voter utilement que lorsqu’il s’agit de s’aligner sur la bienpensance de cette gauche moraliste qui par ces réflexes et bien qu’elles s’en défendent n’en restent pas foncièrement raciste.

Finalement toute cette histoire nous ramène à l’essentiel: la nécessité de connexion avec le continent africain. Définir nos modes d’actions et stratégies politiques en accord avec nos paradigmes. Quelque soit les représentants de la classe politique sonder leur programme en fonction de la place qu’ils accordent à la question du développement et de l’autonomie des populations noires ou encore plus globalement la politiques étrangère avec l’Afrique. C’est le critère que les populations diasporique doivent prendre en compte.

Il nous faut appréhender la multiplication des gouvernements populistes et xénophobes comme autant de rappels que la providence nous envoie, un peu comme si il s’agissait de se servir de l’ostracisme dont nous pouvons faire preuve pour mieux nous signifier la nécessité de sortir définitivement des incantations universalistes.

Un commentaire

  1. octobre 29, 2018

    marinette

    Bonjour, ce résultat, semble-t-il, n’est que le reflet de ce qui se fait dans quasiment tout reste le du monde.
    C’est très alarmant voire très triste pour l’humanité.
    K_MY……

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