Le coordinateur de notre ONG en Cote d’Ivoire expose le point de vue de notre organisation sur la récente actualité politique de son pays. Il profite également de l’occasion pour annoncer les prochaines actions à venir.

*Frère TI’NGUÈ FOUÊ, bonjour et merci pour cet entretien ! Pour commencer présentez-vous pour ceux qui ne vous connaissent pas?

Bonjour et merci à vous pour cette opportunité que vous m’accorder d’exprimer et certainement partager la vision du combat que nous menons.
Je suis TI’NGUÈ FOUÊ né ALLA KONAN, activiste panafricaniste, natif de ce territoire qu’on a malicieusement baptisé Côte d’Ivoire, même si je n’aime pas vraiment cette étiquette je suis obligé là de dire que je suis Ivoirien. Pour âge, je suis dans la trentaine.
Et comme je l’ai dit tantôt, je suis un militant panafricaniste, coordinateur en Côte d’Ivoire de L’ONG URGENCES PANAFRICANISTES qui œuvre pour la renaissance du peuple noir dans la diaspora et plus particulièrement en Afrique.

*Si vous aviez une définition du panafricanisme, quelle serait-elle ? Qu’est ce que cela représente pour vous et comment vous vous y êtes engagé ?

Moi je définirai simplement le panafricanisme comme tout ce qui tend à défendre, à valoriser et à faire progresser l’Afrique. C’est en quelque sorte fait naître et exprimer l’Afrique en soi et au delà, c’est-à-dire penser, dire et agir pour l’Afrique.

Pour moi, le panafricanisme représente le remède de tous les maux de l’Afrique, que ce soit sur le plan politique, économique, social, culturel ou même spirituel.
Mon engagement dans ce combat panafricaniste est parti de questions sérieuses et très profondes que je me posais par rapport à ma situation personnelle. Dans la quête donc de réponses à ces questions, j’ai compris que le problème allait au delà de ma petite personne, il était plus généralisé et globalement africain. Il faut dire que déjà très jeune, amoureux de la musique reggae, en écoutant des artistes comme Alpha Blondy, Bob Marley et plus particulièrement mes idoles Kajeem et Soum Bill, les graines de conscience panafricaniste avaient été planté mais c’est quand toujours dans ma quête je découvre Kemi Seba à travers une vidéo sur internet que le déclic de l’engagement militant se fait. C’était vers août 2015.

*Comment définiriez-vous la ligne politique d’Urpanaf?

Comme tout mouvement sérieux engagé dans la voie du panafricanisme, URGENCES PANAFRICANISTES a pour rôle de défendre les intérêts et de participer au progrès de l’Afrique dans toute sa globalité. Notre ligne directrice est concentrée sur les axes politiques et socio-économiques mais il n’en demeure pas moins que nous ne perdons pas de vue la dimension culturelle et même spirituelle du combat en ce 21ème siècle.

Trop longtemps il était demeuré dans les salles de conférences, dans des cadres de théorisation, dans les mains d’une classe d’intellectuels élitistes. Conclusion: les masses populaires sont mises en marges alors qu’il faut absolument les inclure.

Pour donc remédier à ce manquement, URGENCES PANAFRICANISTES se définit particulièrement comme un mouvement de terrain, de proximité avec le peuple. Nous voulons aller au delà des actions de salles de conférences qui d’ailleurs sont limitées aux seules capitales de nos pays, nous voulons investir les grandes villes de nos pays, aller dans les quartiers, dans la rues, dans les villages etc etc. Nous voulons redonner à l’Afrique sa dignité et son lustre d’antan et cela demande que nous rompions definitivement toutes les chaines de dominations, de prédations, d’abrutissement auxquels elle est en proie depuis des siècles. Dans ce sens là, nous nous constituons comme l’antidote du poison qu’est la Françafrique et le néocolonialisme dans sa globalité.

*Parlons de panafricanisme en Côte d’Ivoire. Depuis la chute du président Gbagbo, il est de bon usage que de dire qu’il n’est pas simple de faire avancer la cause Panafricanistes en Côte d’Ivoire, votre regard sur ce constat.

Une reformulation de cette question serait que depuis l’arrivée du régime Ouattara le panafricanisme n’est pas chose aisée en Côte d’Ivoire, n’est ce pas?
Contrairement à ce que vous pensez, je dirai que c’est à l’avènement du président Ouattara que la conscience panafricaniste est véritablement née en Côte d’Ivoire et depuis, ce courant idéologique fait son chemin, difficilement certes mais il n’en demeure pas moins qu’il avance.
Vous savez, le rapport de la Côte d’Ivoire au panafricanisme jusque là n’était pas assez évident.
Notre pays n’a pas vraiment connu d’hommes incarnant cette idéologie, contrairement aux autres pays africains qui ont vu ont dans leur paysage politique ou même à leur tête le passage de grande figures porteuses de cette vision.
Celui là même qu’on a appelé « le père fondateur », le premier président de la république en la personne de Houphouët-boigny était connu pour être l’un des plus grands pourfendeurs de ce courant, toujours opposé à tous ses pairs porteurs de cette vision. Le grand Frantz Fanon dira qu’il est « le frein le plus à la libération et à l’évolution de l’Afrique »

Donc là déjà, nous comprenons qu’historiquement la Côte d’Ivoire a raté le train du panafricanisme, il est clair que cela ait quelque peu retardé sa mise en marche. Néanmoins, cette mise en marche est désormais effective, on y va mais difficilement mais sûrement.

*Une question d’actualité. Dernièrement, l’actualité sociopolitique de la Côte d’Ivoire était chaudement animée par les élections municipales qui une fois de plus ne se sont pas déroulée dans la sérénité. Quelle est votre analyse sur ces élections et quel regard portez-vous sur la situation politique actuelle en Côte d’Ivoire ?

Dans cette question, vous soulevez un fait très important qui est que ces élections UNE FOIS DE PLUS ne se soient pas passées de façon souhaitable. Quand vous dites UNE FOIS DE PLUS, c’est pour souligner l’idée de récidivisme et c’est sur cela que je voudrais porter mon analyse et attirer l’attention.

Je crois que président Ouattara aurait du s’engager dans une réforme de la comission électorale après que le pays ait regagné la normalité, ça aurait eu le mérite de décrisper les différents camps et réinstaurer la confiance. Chose qui n’a pas été faite. Le comble des combles, à l’heure où je vous parle là et ce depuis 2 ans, la mandature du président de cette commission a expiré. En fait, il est dit dans la constitution que le président de cette commission a mandat de 6 années non renouvelable. Le sieur Youssouf Bakayoko est à la tête de cet organe depuis 2010, normalement en 2016, il devrait être mis en retrait. Sa présence actuelle à la présidence de cette commission est l’expression du mépris total de nos lois. Quel est donc ce pays où ceux qui devraient faire respecter les lois sont ceux là même qui les piétinent ! On est où là ?

Donc depuis près de deux années maintenant, les forces vives du pays (partis politiques, société civile) appellent vivement à cette réforme. Mais loin s’en faut !

C’est donc dans ce climat de méfiance généralisée vis-à-vis de cette commission en porte-à-faux avec elle-même, c’est dans ce contexte de jeu pipé que c’est élections se sont donc déroulées.

Tout ce qui en a découlé comme irrégularités, soulèvement, affrontements et meurtres d’une dizaine de personnes ne sont que la résultante trop bien évidente de ce jeu pipé par le régime en place.
Et tout cela n’est d’aucun bon augure pour l’élection présidentielle de 2020 qui s’annonce très déterminante.

*Revenons au fonctionnement d’Urpanaf en Côte d’Ivoire, quels sont les axes de travail de votre organisation pour les prochaines semaines.

L’objectif principal de notre organisation est de travailler à l’émergence d’une masse populaire consciente des enjeux du panafricanisme en ce 21ème siècle afin de défendre plus efficacement les intérêts de notre peuple et le rendre plus honorable dans ce Concert des Nations.

Dans l’optique de bien terminer cette année en cours, nous prévoyons un certains nombres d’actions. Pour être en harmonie avec notre ligne directrice, donc des axes qui définissent notre combat, à côté des actions à caractère politique que nous avons jusque-là mené, celles à venir seront orientées vers l’axe social. Il s’agira pour nous de poser des actions à caractères caritatifs et citoyens. Nous prévoyons dans un bref délai aller visiter une école pour enfants défavorisés dans laquelle nous ferons des dons en équipements didactiques. Nous irons, dans le même élan visiter des malades dans un hôpital de la place afin de leur apporter notre soutien moral et leur faire des dons en nature.

Par ailleurs, pour qui connaît bien Abidjan, sait très bien qu’au-delà du caractère prestigieux dont jouit cette ville, elle a toujours été en proie à une insalubrité terrible.
Nous allons donc à partir des jours prochains, et cela très régulièrement, cibler des points ou des axes insalubre et les nettoyer. Ce pourrait être des voiries, des plages, des places publiques etc…

En fait, ce sera pour nous, faire d’une pierre deux coups. Nous allons non seulement aider à créer autour de nous un cadre salubre mais aussi, au travers de ces actions, éduquer nos populations sur la nécessité de garder leurs environnements sains.

Voici donc les sentiers que nous comptons ouvrir dans ces prochains jours

*Merci pour ces quelques mots.

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