Depuis ces derniers temps les initiatives pour la paix en Centrafrique se multiplient mais ne se ressemblent pas. De la feuille de route de l’union Africaine pour la paix en Centrafrique à l’initiative parallèle de Khartoum pour ne citer que les plus récentes. L’on note un télescopage d’intérêts entre la France et la Russie en Centrafrique. Mais pourquoi ? Et pourtant tout bon chemin mène à Rome ! Une lutte géostratégique oppose frontalement la Russie et la France dans ce pays. L’analyse de notre coordinateur en Centrafrique Joel Moyeyegue qui est également secrétaire Regional de l’AJEAC, association qui entend Rehausser le potentiel des jeunes élites d’Afrique Centrale.

Tout observateur du paysage politique de l’espace francophone Africain, particulièrement Centrafricain, se rendra compte de la mainmise de la France sur ce pays. Mais les choses changent et le revirement diplomatique et stratégique sur l’axe de Moscou inquiète Paris à tout égard. Rappelant que l’avènement des séléka au pouvoir en 2013 était suivit d’une guerre civile sanglante.

Occasionnant d’une part leur perte du pouvoir et d’autre part leur repli à l’intérieur du pays, dans les zones qui semblent être leur fief. Comparaison n’est pas raison. Toute fois, cela ressemble fort bien au scénario ivoirien après le coup d’Etat manqué de 2002 contre le pouvoir de GBAGBO, caractérisé par le retrait des putschistes dans les parties Nord du pays. En Centrafrique la nébuleuse Séleka s’est retirée également dans la partie Nord septentrional du pays, laissant derrière elle un lourd bilan macabre. Une coïncidence Géographique ou un scenario bien rodé ?

Après l’investiture de l’actuel Président Faustin Archange TOUADERA en Mars 2016. En octobre 2016 la France, annonçait le retrait des troupes Françaises de l’opération Sangaris, malgré l’insistance de leur maintien manifesté par le président nouvellement élu et investi. L’armée nationale est sous l’embargo international, pendant que les rebelles s’offrent le luxe de la mise en sac méthodique du pays. La présence de Sangaris serait indispensable en ce moment là. Hélas ! La France en a décidé autrement. Après le retrait de Sangaris, l’on assistait à une recrudescence de la violence à travers le pays vers la fin de l’année 2016 et début 2017. Occasionnant ainsi le contrôle de 80% de territoire national par les divers groupes armés. L’armée est encore sous l’embargo international. A la fin d’année 2017, la Centrafrique a réussi à obtenir une mesure d’exemption de l’embargo au conseil des nations unies. Ce qui lui a permis d’acquérir des armes de guerre auprès de la Russie. Ces armes ont été livrées début 2018 avec au moins 5 instructeurs militaires Russes chargés de former les militaires Centrafricains sur le maniement des armes.

La tentative avortée du désarmement de quartier KM5 de Bangui de l’opération Soukoula, suscita une grogne auprès de divers groupes armés de l’ex SELEKA. Ces groupes menaçaient de marcher sur Bangui en Avril 2018. Face à la présence des Russes et la montée en puissance de l’armée Centrafricaine, cette menace restait lettre morte.

L’assassinat des trois journalistes Russes précipita la signature d’un accord de défense, entre la Russie et le Centrafrique. Cet accord vient conforter l’implantation de la Russie en Centrafrique. Dans un domaine et secteur qui avait pour partenaire principal la France. Il s’agit du secteur de la défense. Ce secteur stratégique qui, autrefois était contrôlé par la France vient de lui échapper à un moment où elle s’y attendait le moins. Raison pour laquelle, le Ministre des affaires étrangères Française Jean Yve LEDRIAN, tout comme celle de la défense multiplient les déplacements à Ndjamena, Brazzaville et Adis-Abeba pour faire plier Bangui à la volonté de Paris, par des personnes et institutions continentales interposées comme l’Union Africaine.

L’Union Africaine qui se voit financer une bonne partie de son budget par l’union Européenne ne peut valablement défendre les intérêts des Africains. Elle est redevable aux oligarques occidentaux qui longent le couloir du siège à Adis-Abeba à chaque sommet, pour exiger un retour sur investissement. Si toutes les voies sont bonnes pour la résolution de la crise Centrafricaine. Pourquoi la France se montre hostile à l’initiative de Khartoum portée par la Russie, le Soudan et les autorités Centrafricaines? Qu’est ce qui expliquerait cette jalousie qui frise la paranoïa de la France face à la présence Russe en Centrafrique?

La vision paternaliste de la France lui a toujours fait croire qu’elle doit faire la pluie et le beau temps dans ces ex colonies comme la Centrafrique. Or, le monde évolue et Centrafrique tant bien que mal avec. La souveraineté tant clamée ne doit pas être un vain mot, mais un acte concret , relevant de la décision stratégique souveraine de chaque nation. Alors, la France en Centrafrique entretient une relation ambigüe, en choisissant ses valets peau noire masque Blanc, comme le disait Fanon pour les sales besognes au détriment de l’intérêt des populations.

Force est de constater que la France persiste dans son approche de pyromane et pompier à la fois dans ce pays. Il convient de souligner que la France est tombée dans son propre piège, face à la montée en puissance de la Russie en Centrafrique. Si les troupes de l’opération Sangaris ne s’étaient pas retirées du pays. La Centrafrique ne serait pas tombée dans les bras bienveillants de la Russie aujourd’hui. Alors, pourquoi vouloir en faire une histoire de maintien de pré-carré Français ? Il y a assez de places pour tout le monde. La Centrafrique, comme beaucoup d’autres nations a le droit de choisir ses partenaires partout à travers le monde, en fonction de ses intérêts sans rendre compte à qui que ce soit, à part le peuple Centrafricain souverain. La partie de bras de fer s’annonce musclée et ne fait que commencer. A l’allure où vont les choses, d’ici quelque temps le rapport de force pourra changer sur le terrain.

Quelque soit les pays, que ce soit la Russie ou d’autres nations avec qui, Les pays Africains nouent et noueront des alliances ou relation de partenariat. La vigilance doit être toujours de mise, afin de permettre aux Africains de mieux défendre leurs intérêts. Tout compte fait, Le retour de la Russie sur le continent pourra fort bien bousculer le néocolonialisme français.

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